Artemis SDIS 61 et le logiciel ARTEMIS de Systel (ex-Nexpublica) partagent un nom, pas une fonction. L’un est un portail d’authentification CAS propre au SDIS de l’Orne, l’autre un système de gestion des interventions d’urgence déployé dans plusieurs départements. Les confondre revient à comparer une serrure avec le bâtiment qu’elle protège. Nous détaillons ici ce qui distingue concrètement ces outils, et comment d’autres portails SDIS tranchent différemment sur le plan technique.
CAS contre LemonLDAP::NG : deux philosophies d’authentification SDIS
Le portail Artemis du SDIS 61 s’appuie sur un Service Central d’Authentification de type CAS, identifié par la mention « AUTH2 SDIS DE L’ORNE – G5 » sur la page de connexion. Ce protocole délivre un jeton de session unique après saisie de l’identifiant et du mot de passe, puis ouvre l’accès aux services internes (messagerie, intranet, applications métier) sans réauthentification.
D’autres SDIS ont fait un choix différent. Le portail AGATT 59, utilisé par le SDIS du Nord pour la gestion du temps de travail, repose sur LemonLDAP::NG. Ce socle fonctionne aussi en SSO, mais sa logique diffère sur plusieurs points opérationnels.
- La gouvernance de l’identité : CAS s’adosse généralement à un annuaire interne dédié, tandis que LemonLDAP::NG s’interface plus facilement avec des annuaires LDAP existants et permet une gestion d’accès web plus granulaire.
- Le périmètre de fédération : un portail CAS comme Artemis 61 fédère un ensemble d’applications défini à la configuration. LemonLDAP::NG offre un paramétrage plus fin des autorisations par application, par profil utilisateur ou par plage horaire.
- Les politiques de déconnexion : la durée de session, la gestion des cookies et la déconnexion forcée se paramètrent différemment. Sur Artemis 61, la page de connexion affiche d’ailleurs un avertissement explicite demandant de fermer le navigateur après usage, un indice que la gestion de session repose en partie sur la discipline de l’utilisateur.
Le choix entre CAS et LemonLDAP::NG dépend de l’existant technique du SDIS, de la taille de l’annuaire et du nombre d’applications à fédérer. Aucun des deux n’est supérieur par principe.

Artemis SDIS 61 et ARTEMIS Systel : portail d’accès contre logiciel opérationnel
La confusion entre ces deux « Artemis » est fréquente dans les résultats de recherche. Artemis SDIS 61 est une brique d’authentification. ARTEMIS de Systel est un logiciel de gestion des interventions d’urgence, couvrant la chaîne complète depuis la réception de l’appel (15, 17, 18, 112, eCall) jusqu’à la clôture de l’intervention.
Systel revendique le traitement de plus d’un million d’interventions par an et environ dix millions d’appels traités via ses déploiements. Le logiciel intègre un module cartographique, de la géolocalisation et des fonctions de gestion opérationnelle configurables selon le terrain d’intervention.
Artemis SDIS 61 ne gère aucune de ces fonctions. Il se contente d’authentifier l’agent pour lui donner accès aux outils, qui peuvent inclure (ou non) un SGO comme ARTEMIS Systel ou un autre logiciel de traitement d’alerte. Le portail est la porte, pas la pièce.
Ce que cela change pour un agent du SDIS 61
Un sapeur-pompier qui se connecte via artemis.sdis61.fr accède à un périmètre d’applications propre à l’Orne. La messagerie interne, l’intranet départemental et les outils métier spécifiques au SDIS 61 sont derrière cette authentification. Le logiciel opérationnel de traitement d’alerte utilisé par le CTA-CODIS du département est un choix distinct, lié au marché public passé par le SDIS.
NexSIS 18-112 : le système national qui redistribue les cartes
NexSIS 18-112, porté par l’ANSC (Agence du numérique de la sécurité civile), vise à remplacer progressivement les différents SGO départementaux par un système unifié de traitement des appels d’urgence et de gestion opérationnelle. Le SDIS de l’Essonne a par exemple basculé sur NexSIS en mise en place permanente depuis fin 2024.
NexSIS ne remplace pas les portails d’authentification type Artemis SDIS 61. Il se substitue aux logiciels de gestion des interventions (ARTEMIS Systel, Systel Start, ou d’autres SGO concurrents). La couche d’authentification intranet reste propre à chaque SDIS, avec son annuaire et ses outils internes.
Nous observons que cette distinction est rarement posée dans les contenus disponibles. Un agent du SDIS 61 continuera à se connecter via son portail CAS même si le département migre un jour vers NexSIS. Ce qui changera, c’est l’application opérationnelle derrière le SSO, pas la serrure d’entrée.
Portails SDIS et sécurité des sessions sur postes partagés
Le problème commun à tous les portails SDIS (CAS, LemonLDAP::NG ou autre) reste la gestion des sessions sur les postes partagés en centre de secours. Un agent qui ne ferme pas sa session laisse le suivant accéder à sa messagerie et à ses droits applicatifs. La fermeture systématique du navigateur après chaque usage est la seule parade fiable quand le portail ne gère pas de déconnexion automatique par timeout court.
Artemis SDIS 61 affiche un avertissement à ce sujet directement sur sa page de login. D’autres portails SDIS intègrent un timeout de session plus agressif, au risque de déconnecter l’agent en pleine saisie de rapport. C’est un arbitrage entre confort d’usage et sécurité que chaque DSI de SDIS tranche différemment.

Comparer les portails SDIS : critères concrets pour agents et DSI
Plutôt qu’un classement, voici les paramètres qui différencient réellement les portails d’authentification SDIS entre eux.
- Le protocole SSO (CAS, LemonLDAP::NG, SAML, OpenID Connect) détermine les possibilités de fédération avec des services tiers et la compatibilité avec les futures briques nationales.
- La politique de mots de passe et de réinitialisation : certains portails passent par un flux email, d’autres imposent un passage par l’administrateur local. Artemis SDIS 61 propose une réinitialisation par email.
- Le périmètre applicatif derrière le SSO : messagerie seule, ou messagerie plus planning, gestion RH, outils opérationnels. Plus le périmètre est large, plus le portail concentre de risques en cas de compromission de session.
- La gestion du poste partagé : timeout automatique, avertissement à la connexion, ou rien du tout. Ce critère a un impact direct sur la sécurité quotidienne en caserne.
Le portail Artemis SDIS 61 couvre un périmètre fonctionnel classique pour un SDIS de taille départementale. Sa spécificité tient davantage à son socle CAS, partagé par d’autres SDIS, qu’à une innovation propre. La vraie différenciation entre portails SDIS se joue aujourd’hui sur la capacité à s’articuler avec NexSIS et les futures briques d’identité numérique interservices.

